30 janvier 2010

Japon, pays de contradictions

A l’extrême est de l’Asie se trouve un archipel aux mille visages : le Japon. Avec ses 3000 îles disséminées le long de l’Anneau de Feu du Pacifique et ses 60 volcans en activité, il est à la merci des rugissements de la terre. 70% de sa population (évaluée à 127 millions) se regroupe dans la région de Tokyo.


Des temples shinto aux monastères zen, en passant par les châteaux des samouraïs, l’époque médiévale recèle de nombreux trésors toujours visibles.
De cette époque où les japonais vivaient coupés du reste du monde sont nées des pratiques artistiques encore bien vivantes : la calligraphie, l’art floral (ikebana), la cérémonie du thé ou le port du kimono. Le Japon en a fait un art de vivre, entre tradition et modernité.

Le Japon est avant tout un pays de contrastes. Il contraint souvent ses visiteurs, dont nous avons fait partie, à modifier leurs perceptions de sa société.

La sortie d’une gare importante pourra tout aussi bien vous mener dans la rue que dans un grand magasin où vous découvrirez un étage entier consacré à la restauration avec des établissements traditionnels aux sols de tatamis
et d’autres alignant dans leurs vitrines des reproductions en plastique de plats typiques.
Sur le toit de ce même grand magasin, un sanctuaire aux côtés d’un practice de golf, sport très prisé des japonais.
La société japonaise offre une étonnante fusion entre l’Orient et l’Occident : marchés aux poissons et distributeurs automatiques, kimonos et costumes-cravates, un prêtre zen sur sa Honda, un salaryman (employé de bureau) s’inclinant devant un client avec son téléphone mobile, des néons aux idéogrammes scintillants…

Bien que la société japonaise moderne soit issue d’un système féodal, le Japon d’aujourd’hui est étonnamment égalitaire. L’appartenance à une classe se définit aujourd’hui par l’éducation et la situation professionnelle. La nouvelle élite du Japon se compose désormais des hauts dignitaires du gouvernement et des chefs des entreprises prestigieuses.
Les japonais ont une approche à la fois pratique et polythéiste de la religion. Ils la considèrent essentiellement comme un instrument leur permettant de demander aux dieux d’exaucer leurs souhaits. Dans les maisons, il est courant de trouver des autels bouddhistes et shintoïstes. Le confucianisme, apparu au 6e siècle et plus apparenté à un code moral qu’à une religion, est souvent dépeint comme la troisième religion du pays.
Ces croyances, ajoutées aux valeurs familiales, à la dévotion au travail et à une mentalité de groupe plutôt qu’individualiste, ont longtemps été les caractéristiques majeures de la société.

Des fissures commencent aujourd’hui à apparaître. De nombreux jeunes s’interrogent sur le bien-fondé de ces sacrifices personnels. La vie extérieure au groupe attire de plus en plus. Les jeunes couples ne vivent plus systématiquement avec leurs parents et certains hommes cessent de se fréquenter après leurs heures de travail afin de consacrer plus de temps à leur famille. Le divorce et le célibat des femmes augmentent également.
La société japonaise reste cependant très phallocrate. Même qualifiées, les femmes sont souvent confinées à des tâches subalternes et peu d’entre elles se hissent à un poste de direction. Elles portent l’uniforme (pas les hommes), répondent au téléphone et servent le thé aux hommes. Embauchées à 20 ans avec un salaire inférieur à celui des hommes, elles sont censées démissionner à leur mariage. Les femmes retournent travailler une fois leurs enfants élevés, mais beaucoup retardent leur mariage pour des questions de carrière.

La famille urbaine moyenne, avec un enfant, habite un trois-pièces. L’espace est rare et les japonais cherchent leurs distractions hors du foyer. Quand l’homme reçoit, la femme sert les hôtes, puis mange à part. Mais elle règne sur le foyer . Le mari lui confie son salaire et reçoit de l’argent de poche, l’okozugai.

La notion d’harmonie, découlant du respect des règles et du consensus, est capitale au Japon. Elle impose de masquer ses soucis derrière un sourire de façade ou de suivre l’exemple du groupe. Les japonais détestent se faire remarquer et répugnent à exprimer leurs opinions personnelles. Ils préfèrent rester dans le vague plutôt que de dire les choses directement. Le franc-parler est une grossièreté. Petite subtilité de la pensée japonaise : bien que le « non » existe dans la langue, les japonais ne disent jamais « non », mais « je dois réfléchir ».

Les sports et les loisirs revêtent une grande importance pour les japonais. Les sports traditionnels incarnent à leurs yeux les principes culturels de base, spirituels ou esthétiques, dans lesquels la manière compte autant que la méthode. Ceci s’applique particulièrement aux disciplines anciennes comme le kyudo (tir à l’arc), le kendo, le karaté et l’aïkido. Le sumo, sport national, a pour origine un rituel mystérieux lié aux prières adressées aux dieux pour obtenir des récoltes abondantes.



L’art de vivre demeure essentiel. Le spectacle des érables à l’automne, de la lune ou des paysages enneigés sont aussi bien célébrés dans la littérature, l’art et la poésie de la période Heian que dans les estampes de la période Edo.



Nous avons quitté ce pays fascinant avec le sentiment d’y avoir rencontré un peuple hospitalier pour qui politesse et respect de l’autre sont une seconde nature.

Anne

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